Economie

Place financière suisse : entre tradition et transformation

Avec 9,4 % du PIB, 245 800 emplois directs et 73,2 milliards de francs de valeur ajoutée brute en 2024, le secteur financier suisse reste l'un des plus puissants au monde. Les actifs sous gestion dans les banques en Suisse ont atteint un niveau record de 9 284 milliards de francs en 2024 (+10,6 %), dépassant le précédent sommet de 2021. La Suisse conserve sa position de numéro un mondial en gestion de fortune transfrontalière.

Publié et mis à jour le 18 février 20263 min de lecture
Place financière suisse : entre tradition et transformation

Portail d'entrée de la Banque nationale suisse (SNB) à Berne - Suisse

Un leadership fondé sur la confiance

Les banques suisses gèrent environ un quart des actifs transfrontaliers mondiaux de la clientèle privée. En 2024, les portefeuilles de titres détenus pour le compte de clients ont progressé de 11,2 %, atteignant 8 000 milliards de francs. Les actifs de la clientèle étrangère ont augmenté de 430,7 milliards sur l'année, signe d'un afflux de capitaux en quête de sécurité dans un contexte géopolitique incertain.

Le paysage bancaire compte environ 235 établissements. UBS, désormais seule grande banque d'envergure mondiale après l'intégration de Credit Suisse, coexiste avec des banques cantonales solides (Banque cantonale vaudoise, BCGE, Banque cantonale de Zurich), des banques privées de renom (Pictet, Lombard Odier, Julius Bär, Mirabaud, Bordier) et des banques en ligne (Swissquote). Le secteur des assurances pèse également lourd, avec des acteurs comme Zurich Insurance, Swiss Re (réassurance, numéro deux mondial) et Swiss Life.

La fin du secret bancaire : un tournant stratégique

L'adoption de l'échange automatique d'informations fiscales (EAR) en 2017 a définitivement enterré le secret bancaire traditionnel. Loin d'affaiblir la place, cette transparence l'a recrédibilisée. Les banques suisses ont fait pivoter leur proposition de valeur : plus de secret, mais une expertise reconnue en gestion discrétionnaire, en structuration patrimoniale, en planification successorale et en gestion d'actifs alternatifs. Le résultat consolidé du secteur bancaire s'est établi à 69,8 milliards de francs en 2024, en recul de 3,5 % en raison de la compression des marges d'intérêts, mais la gestion de fortune et les commissions compensent de plus en plus le déclin des opérations d'intérêts.

Zurich et Genève : deux places, deux spécialités

Zurich est le cœur financier du pays : grandes banques, assurances d'envergure internationale, négoce boursier (SIX Swiss Exchange). Plus de 40 % de la création de valeur du secteur financier suisse y est générée.

Genève s'est spécialisée dans la banque privée, la gestion de fortune indépendante et la finance durable. La ville accueille également le premier hub mondial du négoce de matières premières (Vitol, Trafigura, Mercuria, Gunvor) — un tiers du négoce mondial de pétrole et de café y transite.

Fintech, crypto et finance durable

L'écosystème fintech suisse est l'un des plus dynamiques d'Europe. Zoug, surnommée « Crypto Valley », héberge plus de 1 000 entreprises blockchain et crypto-actifs, dont la fondation Ethereum et de nombreux protocoles DeFi. La FINMA a établi un cadre réglementaire clair pour les actifs numériques, et SIX a lancé SIX Digital Exchange (SDX), une plateforme réglementée pour les titres tokenisés. La BNS y teste Helvetia, un projet pilote de monnaie numérique de banque centrale « de gros ».

Genève s'est positionnée sur la finance durable et l'investissement à impact. Les critères ESG sont désormais intégrés par la quasi-totalité des gestionnaires de la place, et la ville accueille le siège de plusieurs organisations de référence en finance responsable.

Emploi : des signaux positifs

Malgré les restructurations liées à l'intégration de Credit Suisse au sein d'UBS, l'emploi bancaire a légèrement progressé en 2024, à 94 000 équivalents plein-temps. Signal fort : 96 % des établissements anticipent un niveau d'emploi stable ou en hausse en 2025, le chiffre le plus élevé depuis dix ans. Le secteur financier au sens large (banques, assurances, autres services) verse 21,9 milliards de francs d'impôts par an aux collectivités publiques, soit 9,2 % des recettes fiscales du pays.

Sources : Association suisse des banquiers – Baromètre bancaire 2025, BAK Economics – Étude d'importance 2025, BNS, FINMA, La Vie économique, Allnews