Economie
Conjoncture 2025-2026 : résilience face aux vents contraires
Après une année 2024 de croissance modérée (+1,4 %), l'économie suisse traverse une phase de turbulences. Le troisième trimestre 2025 a marqué un coup de frein net : recul du PIB de 0,5 %, provoqué pour l'essentiel par une contraction de 8 % de l'industrie chimique et pharmaceutique, directement touchée par les surtaxes douanières américaines de 31 à 32 %. Pour autant, les fondamentaux restent solides.

Suisse - Berne
Croissance : un rythme en deçà de la moyenne historique
Le SECO prévoit une croissance de l'ordre de 1,3 % pour l'ensemble de 2025, avant un rebond espéré à 1,6 % en 2026, porté par le redressement de la demande européenne. Le FMI table quant à lui sur 1,8 % en 2026. Ces chiffres placent la Suisse dans la moyenne des économies avancées — ni en surchauffe, ni en récession. Ce qui les distingue, c'est la qualité de la croissance : faible inflation, excédent budgétaire, quasi plein-emploi.
La consommation des ménages, qui a progressé de 2,4 % en 2024, reste le principal pilier. Les exportations (+1,7 % en 2024) ont ralenti au premier semestre 2025 sous l'effet du franc fort et du tassement de la demande allemande, premier partenaire commercial. Le secteur des services, en revanche, poursuit sa trajectoire ascendante, tiré par la finance, le conseil, les technologies de l'information et le tourisme d'affaires.
Inflation maîtrisée, politique monétaire accommodante
Avec un taux d'inflation prévu à 0,3 % en 2025 et 0,6 % en 2026, la Suisse fait figure d'exception en Europe. Le pouvoir d'achat des ménages s'améliore en termes réels, ce qui soutient la consommation intérieure.
La Banque nationale suisse (BNS) a assoupli sa politique monétaire tout au long de 2024, réduisant progressivement son taux directeur pour éviter un ralentissement trop marqué du renchérissement. La politique de taux zéro, voire négatifs, n'est plus exclue. Cette orientation a soutenu les investissements dans la construction et l'immobilier, et allégé le coût du crédit pour les entreprises.
Le franc suisse, réfugié par excellence, s'est déprécié de 1,2 % face à l'euro et de 7,2 % face au dollar en 2024 — un mouvement inhabituel qui reflète l'avance de la BNS dans le cycle d'assouplissement. Pour les exportateurs, c'est un soulagement temporaire après des années de pression sur les marges.
Finances publiques : l'avantage structurel
La dette publique suisse s'établit autour de 32 % du PIB, avec un excédent budgétaire de 0,7 %. Le mécanisme du frein à l'endettement, inscrit dans la Constitution depuis 2003, empêche structurellement les déficits récurrents. Résultat : la Suisse est l'un des rares pays au monde à conserver la note Triple A auprès de toutes les agences, avec une dette entièrement libellée en francs et une maturité moyenne de 10,5 ans.
Pour un investisseur, cela signifie un environnement macrofinancier prévisible : pas de risque souverain, pas de pression fiscale soudaine, pas de dévaluation compétitive.
Marché du travail : résilient malgré les tensions
Le taux de chômage devrait s'établir autour de 2,8 % en 2025 et 2026. Les salaires nominaux progressent d'environ 1,8 %, soit un gain de pouvoir d'achat réel significatif dans un contexte d'inflation quasi nulle. Le marché de l'emploi reste dynamique dans les services et les technologies, même si l'industrie de transformation subit des ajustements ponctuels.
Risques identifiés
Les risques ne manquent pas : escalade commerciale avec les États-Unis (les négociations ont ramené les droits de douane à ~15 %, mais l'incertitude demeure), ralentissement prolongé de l'Allemagne, tensions géopolitiques au Moyen-Orient, vulnérabilité de l'immobilier résidentiel en cas de remontée des taux. Le KOF de l'ETH Zurich signale également un risque de correction dans le secteur de la construction, après plusieurs années de forte activité.
Toutefois, la diversification sectorielle et géographique de l'économie suisse, la solidité de ses finances publiques et sa capacité d'innovation constituent des amortisseurs que peu de pays peuvent revendiquer.
Sources : SECO – Tendances conjoncturelles Hiver 2025/2026, KOF (ETH Zurich), BNS – Rapport de gestion 2024, FMI, Dashboard économique Le Temps
