Economie

L'ambition spatiale luxembourgeoise : de SES à Space Resources

Quatre-vingts entreprises, 1 400 emplois, 2 % du PIB : en une décennie, le Luxembourg s'est imposé comme l'un des hubs spatiaux les plus dynamiques d'Europe. Le pari repose sur un cadre réglementaire pionnier et un positionnement probusiness assumé.

Publié et mis à jour le 19 février 20262 min de lecture
L'ambition spatiale luxembourgeoise : de SES à Space Resources

De SES au NewSpace : quarante ans d'ambition

L'aventure spatiale luxembourgeoise commence en 1985 avec la création de la Société européenne des satellites (SES), devenue l'un des plus grands opérateurs de satellites au monde (plus de 70 satellites en orbite). Le spatial représente historiquement près de 2 % du PIB luxembourgeois — l'un des taux les plus élevés d'Europe.

Cette dynamique s'est fortement accélérée : de 16 entreprises et 600 employés en 2012, l'écosystème comptait environ 30 entreprises et 840 employés en 2018, pour atteindre plus de 80 entreprises et 1 400 salariés en 2024 selon le ministère de l'Économie. Parmi les acteurs notables : Spire Global (données maritimes et météo par nano-satellites), LuxSpace (missions de surveillance maritime), Redwire Space (fabrication spatiale), Euro-Composites (matériaux composites aérospatiaux), Gradel (structures mécaniques de précision) et Hitec (systèmes électroniques).

Un cadre légal unique en Europe

En 2016, l'initiative SpaceResources.lu positionne le Luxembourg comme centre européen des ressources spatiales. En 2017, le pays adopte — premier en Europe, deuxième au monde après les États-Unis — une loi sur l'exploration et l'utilisation des ressources spatiales. En 2018, la Luxembourg Space Agency (LSA) est créée sous l'autorité du ministère de l'Économie. En 2020, une loi complémentaire sur les activités spatiales met en place un cadre d'autorisation et de surveillance des missions privées.

Le Centre européen d'innovation en ressources spatiales (ESRIC), fondé en partenariat entre l'ESA et le Luxembourg Institute of Science and Technology (LIST), est le seul centre de recherche au monde dédié aux ressources spatiales.

Stratégie 2023-2027 et projets phares

La stratégie spatiale gouvernementale 2023-2027 maintient le spatial comme priorité de diversification économique, avec un accent renouvelé sur la durabilité (gestion des débris spatiaux, exploitation durable des ressources). Un Space Campus est en projet pour accueillir les entreprises sur deux sites dédiés. La Space Resources Week, organisée chaque année à Luxembourg, a rassemblé plus de 1 000 participants en 2024.

Acteurs à surveiller : Maana Electric (panneaux solaires à partir de régolithe lunaire), Hydrosat (gestion de l'eau par données satellitaires), ispace Europe (atterrisseur lunaire), et le projet « Space for Finance » lancé en 2025 en partenariat entre la LSA et la BEI pour intégrer les données satellitaires dans le secteur financier.

En novembre 2025, le ministre de l'Économie Lex Delles a représenté le Luxembourg au Conseil ministériel de l'ESA à Brême, réaffirmant l'engagement du pays dans les programmes européens.

Un tremplin pour l'aérospatial francophone

Le multilinguisme luxembourgeois (français langue dominante des affaires), l'accès aux programmes ESA et le cadre légal pionnier font du Luxembourg un point d'entrée naturel pour les entreprises francophones de l'aérospatial souhaitant accéder à l'écosystème NewSpace européen. Luxembourg Trade & Invest et la LSA accompagnent gratuitement les projets d'implantation. La mise en orbite d'un satellite militaire luxembourgeois, inscrite au budget 2025-2027, illustre l'engagement souverain du pays dans ce secteur stratégique.

Sources : Luxembourg Space Agency, Ministère de l'Économie, Forbes Luxembourg, luxembourg.public.lu, ESA