Economie
Conjoncture 2025-2026 : une reprise encore à confirmer
Après une contraction du PIB de -0,7 % en 2023, l'économie luxembourgeoise a renoué avec la croissance en 2024 (+1,0 %). Le STATEC anticipe +1,0 % pour 2025 et +1,7 % pour 2026, des rythmes encore nettement inférieurs à la moyenne des vingt dernières années (proche de 3 %). À l'horizon 2027, la progression devrait atteindre 2,1 %, portée par le secteur privé et l'amélioration progressive des conditions financières.

Luxembourg
Une sortie de récession confirmée mais fragile
La récession de 2022-2023 a été provoquée par la flambée de l'inflation (+10 % cumulés en deux ans), la remontée brutale des taux d'intérêt et une crise sévère de la construction. Le PIB s'est replié au T1 2025 sous l'effet d'une rechute dans le secteur financier, dont les résultats se sont montrés très volatils. Puis quatre trimestres consécutifs de croissance se sont enchaînés à partir du T4 2024, une configuration qui n'avait plus été enregistrée depuis 2019. Au T3 2025, le PIB a progressé de 1,1 % sur un trimestre (+2,7 % sur un an), porté par les activités financières (+2,4 %) et les services marchands. Des signaux positifs émergent aussi du côté de l'industrie et de la construction, même si le niveau d'activité dans ces branches reste inférieur à celui d'avant la crise énergétique.
L'inflation maîtrisée, le pouvoir d'achat soutenu
L'inflation est tombée sous 1 % fin 2024, nettement en dessous de la zone euro (2,3 %). La levée des boucliers tarifaires énergétiques en janvier 2025 a entraîné un rebond, avec une inflation moyenne de 2,2 % en 2025 selon le STATEC. Le gouvernement a annoncé des mesures de stabilisation des prix de l'électricité, et l'inflation devrait ralentir à 1,5 % en 2026, profitant de la baisse attendue des prix énergétiques. Le mécanisme d'indexation automatique des salaires — spécificité luxembourgeoise — garantit le maintien du pouvoir d'achat : les salaires, traitements et pensions sont ajustés dès que l'indice des prix franchit un seuil de 2,5 %. La prochaine indexation est prévue au T3 2026.
Un marché du travail en tension
La croissance de l'emploi a nettement ralenti, à environ 1 % en 2025 — son plus bas niveau depuis 2009, très loin des 3 % enregistrés en moyenne avant le Covid. Le taux de chômage s'est stabilisé autour de 5,9-6 % en 2025, historiquement élevé pour le Luxembourg. Une reprise de l'emploi, habituellement retardée de trois à quatre trimestres sur l'activité, n'est prévue qu'en 2026 (+1,5 %). Le ralentissement de l'emploi frontalier pourrait avoir une composante structurelle, au-delà du seul facteur conjoncturel.
Des finances publiques encore solides, mais sous pression
Le Luxembourg conserve sa notation souveraine AAA. La dette publique reste contenue à 26,3 % du PIB, mais confirme une trajectoire haussière amorcée depuis 2016 (+6,7 points en huit ans), rapprochant progressivement le seuil des 30 % que les autorités considèrent comme la limite à ne pas franchir. Le solde public devrait se détériorer à -0,1 % du PIB en 2025, -0,4 % en 2026 et -1,0 % en 2027, sous l'effet combiné des mesures du Entlaaschtungs-Pak en faveur des ménages, de la baisse des ventes de carburants, de l'adaptation des barèmes d'imposition et de la progression soutenue des dépenses publiques (+6 %/an). Le ratio des dépenses publiques au PIB atteindrait des niveaux historiquement élevés (près de 50 % en 2026).
Scénarios et risques
Le STATEC identifie deux scénarios alternatifs. Un scénario défavorable (hausse des incertitudes sur la dette américaine affaiblissant les marchés financiers et alourdissant les taux d'emprunt) réduirait la croissance à presque zéro en 2025 et +1,6 % en 2026. Un scénario favorable (baisse des incertitudes sur la politique commerciale américaine stimulant investissement et recrutement) ajouterait un surplus de croissance. La part croissante des entreprises citant la guerre commerciale comme facteur contraignant — non seulement dans l'industrie, mais aussi dans les services (sièges sociaux, conseil, activités juridiques) — illustre l'exposition indirecte du Luxembourg aux tensions internationales. Les émissions de GES reculent significativement (-6 % en 2025, -4 % en 2026, -8 % en 2027), principalement grâce à la baisse des ventes de carburants.
Sources : STATEC – Note de conjoncture 2-25 (décembre 2025), Conjoncture Flash décembre 2025, Projections moyen terme 2025-2029, Commission européenne Prévisions printemps 2025, Direction générale du Trésor 2025
