Economie

Chimie et pharma : le moteur industriel de la Belgique

Avec 74,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024 et 170 milliards d’euros d’exportations — soit un tiers des exportations totales du pays —, l’industrie chimique, pharmaceutique et des sciences de la vie est le premier secteur industriel de Belgique. Aucun autre pays européen de cette taille ne concentre une telle densité d’acteurs mondiaux sur un territoire aussi compact. La Belgique est le 10e exportateur mondial de produits chimiques et pharmaceutiques, le 2e de l’Union européenne hors marché intra-européen (derrière l’Allemagne, devant l’Irlande). Ce secteur représente à lui seul 36 % des investissements industriels du pays et les deux tiers de ses dépenses privées de R&D.

Publié et mis à jour le 22 février 20264 min de lecture
Chimie et pharma : le moteur industriel de la Belgique

Un écosystème sans équivalent en Europe

Le secteur emploie 99 009 personnes en emploi direct en 2024, selon Essenscia, la fédération sectorielle belge. Il s’agit d’emplois à haute qualification et à forte valeur ajoutée : la productivité par travailleur dans la chimie-pharma est parmi les plus élevées d’Europe. L’année 2024 a toutefois marqué un tournant : pour la première fois en dix ans, le secteur a enregistré une perte nette de 1 150 emplois, principalement dans la chimie de base (-1,4 %) et les plastiques (-3 %).

La géographie sectorielle épouse la structure fédérale du pays. Le cluster d’Anvers constitue le cœur de la chimie de base et de la pétrochimie — le plus grand site pétrochimique intégré d’Europe. BASF y exploite son plus grand site hors Allemagne. TotalEnergies, ExxonMobil, Borealis, Ineos et Lanxess y sont également implantés. La Wallonie est le bastion de la pharma et des biotechnologies : GSK Biologicals à Wavre (plus grand site de production de vaccins au monde), UCB à Braine-l’Alleud, Takeda à Lessines. L’axe Gand-Bruxelles concentre les acteurs de la biopharma avancée : Janssen Pharmaceutica (Johnson & Johnson), Legend Biotech et Pfizer à Puurs.

R&D : 6,8 milliards d'euros, un record

L’effort de recherche est l’un des marqueurs distinctifs de la Belgique dans ce secteur. En 2024, les entreprises de la chimie et des sciences de la vie ont investi 6,8 milliards d’euros en R&D — un montant qui a doublé en dix ans et qui représente les deux tiers de l’ensemble des dépenses de R&D industrielle du pays. Avec 1 149 demandes de brevets déposées en 2024, le secteur concentre 44 % du total des demandes belges.

Cette dynamique est alimentée par la proximité entre industrie et universités de recherche. La KU Leuven (1re université européenne innovante selon Reuters), l’UCLouvain, l’ULB, l’UGent et la VUB entretiennent des partenariats étroits avec les industriels. La Plateforme Biopharma R&D, lancée en 2021 sous l’impulsion du gouvernement fédéral, fédère pouvoirs publics, universités et entreprises autour d’une ambition : faire de la Belgique la « health & biotech valley » de l’Europe.

Investissements : 3,79 milliards d'euros en 2024

Le secteur a investi 3,79 milliards d’euros en actifs corporels en 2024, soit 36 % de l’ensemble des investissements industriels belges. Parmi les projets récents les plus significatifs : l’investissement de plus de 200 millions d’euros d’UCB dans une usine de thérapie génique à Braine-l’Alleud, les extensions de capacité de Pfizer à Puurs (l’un des plus grands sites de production de vaccins ARNm au monde), l’expansion de GSK Biologicals à Wavre et les investissements de Johnson & Johnson et Legend Biotech dans les thérapies cellulaires à Gand.

La Belgique bénéficie d’un cadre fiscal attractif pour l’innovation : la déduction pour revenus d’innovation offre un taux effectif de 3,75 % sur les revenus de propriété intellectuelle, et l’exonération partielle de précompte professionnel pour les chercheurs réduit le coût salarial de la R&D d’environ 25 %. Ces dispositifs, combinés à une main-d’œuvre multilingue hautement qualifiée, expliquent l’attractivité du pays pour les centres de décision et les unités de production de grands groupes internationaux.

2024 : une année de transition

Le chiffre d'affaires global du secteur a reculé de 0,5 % en 2024, à 74,9 milliards d'euros. Les exportations ont diminué de 3,2 %, à 170 milliards d'euros. L'année a été particulièrement défavorable pour la chimie de base, confrontée à une demande européenne atone, des prix de l'énergie élevés et une concurrence accrue des producteurs américains (bénéficiant d'un gaz naturel bon marché) et asiatiques. Le taux d'utilisation des capacités de production était historiquement bas.

La pharma a mieux résisté, portée par la demande mondiale de vaccins, de thérapies biologiques et de médicaments innovants. Mais les marges ont été sous pression, en raison de la hausse des coûts salariaux (indexation automatique) et énergétiques. Les dividendes versés aux actionnaires ont atteint 25 milliards d'euros en 2024, signe de la profitabilité structurelle du secteur malgré le ralentissement conjoncturel.

Perspectives : défis et opportunités

Le secteur fait face à trois défis majeurs :

  1. Défi énergétique : la chimie de base est une industrie énergivore dont la compétitivité dépend directement du prix de l'électricité et du gaz, nettement plus élevés en Europe qu'aux États-Unis.

  2. Défi réglementaire : les exigences croissantes en matière de durabilité, de REACH et de taxonomie européenne imposent des coûts de mise en conformité.

  3. Défi humain : les pénuries de profils qualifiés (ingénieurs, techniciens de production, spécialistes réglementaires) freinent l'expansion.

Mais les opportunités sont considérables. La transition vers la chimie verte et l'hydrogène ouvre de nouveaux marchés. Les thérapies avancées (thérapie génique, thérapies cellulaires, ARNm) positionnent la Belgique en première ligne d'une révolution biopharmaceutique. Et la volonté politique, matérialisée par la plateforme Biopharma R&D et les incitants fiscaux, confirme que le pays entend défendre son rang.

Sources : Essenscia (Rapport annuel 2024), SPF Économie, bio.be/essenscia, Plateforme Biopharma R&D, Direction générale du Trésor (France) 2025