Economie
Agroalimentaire et grande distribution : nourrir l'Europe depuis la Belgique
L’industrie alimentaire est le plus grand secteur industriel de Belgique — devant la chimie-pharma en nombre d’emplois — avec un chiffre d’affaires de 82,9 milliards d’euros en 2024, 102 500 emplois directs et des exportations de 39,6 milliards d’euros (47,7 % du CA). La Belgique est à la fois un producteur de premier plan (frites surgelées, chocolat, bière, produits laitiers), un transformateur de matières premières importées et une plateforme de distribution vers l’ensemble du marché européen. Pour les entreprises francophones du secteur, c’est un marché mature, exigeant et stratégiquement positionné.

L'industrie alimentaire : premier employeur industriel
Avec 102 500 emplois directs, l’industrie alimentaire devance la chimie-pharma (99 000) et reste le premier employeur industriel du pays. Le secteur représente 24,6 % du chiffre d’affaires industriel total belge (Fevia, 2024). Il est composé à 95 % de PME, mais compte également des groupes de taille mondiale.
En 2024, le secteur a créé 400 emplois supplémentaires — une performance notable dans une année où le reste de l’industrie a perdu 10 000 emplois. Toutefois, la rentabilité est sous forte pression : elle a chuté de 36 % depuis 2019 pour atteindre une moyenne de 2,32 % en 2023. La production en volume a reculé au niveau de 2017, et les exportations en volume ont baissé de 5,4 % au premier trimestre 2024 — une première en dix ans.
Champions à l'export
La Belgique est un exportateur agroalimentaire de premier plan, avec une balance commerciale positive structurelle dans le secteur. Les principaux produits d’exportation hors UE sont les produits surgelés de pommes de terre (la Belgique est le premier exportateur mondial de frites surgelées), le chocolat et les produits laitiers. Les exportations vers les États-Unis, le Canada, les Émirats arabes unis et la Turquie ont fortement augmenté en 2024.
Le marché européen reste dominant (trois quarts des exportations), mais le secteur y perd du terrain face à la concurrence. Les accords commerciaux de l’UE (CETA avec le Canada, accord UE-Japon) ouvrent de nouveaux débouchés. La marque de promotion « Food.be – Small country. Great food. » accompagne les entreprises sur les salons internationaux.
La France est un partenaire clé : elle exporte pour 4,5 milliards d'euros de produits agroalimentaires vers la Belgique, et les échanges croisés sont denses dans les filières laithière, céréalière et viticole.
Grande distribution : un marché concentré et innovant
La grande distribution belge est dominée par quelques enseignes majeures qui se distinguent par l'innovation et un rapport qualité-prix élevé.
Colruyt Group (siège : Hal, Brabant flamand) : premier distributeur belge, stratégie de prix les plus bas du marché, enseigne Colruyt Lowest Prices, mais aussi Bio-Planet (bio), Okay, Spar (licence), Cru (marché frais haut de gamme). Le groupe est également actif dans les énergies renouvelables (DATS 24, stations hydrogène).
Delhaize (groupe Ahold Delhaize, siège européen : Zaventem) : enseigne historique fondée en 1867, positionnement qualité-fraîcheur, forte présence en Wallonie et à Bruxelles. L’enseigne a traversé une crise sociale majeure en 2023-2024 liée à la franchisation de magasins intégrés.
Aldi et Lidl (hard discount allemand) : progression constante de parts de marché, montée en gamme progressive.
Carrefour : présence significative via hypermarchés et supermarchés, franchise Market, Express.
Le marché belge est caractérisé par une forte densité commerciale (plus de 8 000 points de vente alimentaires pour 11,8 millions d’habitants), une attention marquée à la durabilité et aux circuits courts, et un consommateur exigeant en matière de qualité et d’étiquetage.
Filières régionales et pôles de compétitivité
La Wallonie a structuré sa filière agroalimentaire autour de Wagralim, pôle de compétitivité dédié à l’innovation dans l’alimentation durable, les procédés industriels et la nutrition-santé. La Flandre dispose de Flanders’ FOOD, centre d’excellence pour l’innovation alimentaire. Ces deux structures accompagnent les entreprises dans la R&D collaborative, l’accès aux financements européens et la mise en conformité réglementaire.
Les spécialités régionales sont un atout : chocolat (Callebaut, Neuhaus, Côte d’Or, Pierre Marcolini), bière (plus de 400 brasseries actives, patrimoine UNESCO), biscuiterie (Lotus Bakeries, Dandoy), produits laitiers et fromagerie. La Belgique est également un acteur majeur de la transformation de pommes de terre (Clarebout, Lutosa/McCain, Agristo) et des huiles végétales.
Perspectives et opportunités
Pour les entreprises francophones, plusieurs créneaux se dégagent. L'alimentation durable et les protéines alternatives sont en forte croissance sur un marché belge réceptif. La transformation de produits bio et locaux bénéficie d'un soutien régional (Wallonie, Bruxelles). Les circuits de distribution vers les pays du Golfe, l'Amérique du Nord et l'Asie offrent des débouchés croissants pour les produits belges à forte valeur ajoutée. Enfin, la position logistique de la Belgique (Port d'Anvers-Bruges, Liège Airport, conteneurs reefer) en fait une base idéale pour la distribution de produits périssables à l'échelle européenne.
Le défi principal reste la compétitivité-coût. L'indexation automatique des salaires, la fiscalité sur les produits alimentaires (accises, taxes d'emballage) et la concurrence des pays à bas coûts exercent une pression permanente sur les marges.
Sources : Fevia (Rapport annuel 2024 et chiffres clés sectoriels), Wagralim, Flanders' FOOD, Business Belgium, Bretagne Commerce International, DG Trésor (France)
